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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 17:17

 

La discipline que l'on nomme psychologie évolutionniste est une branche des sciences cognitives qui se propose d'étudier l'esprit humain à la lumière de l'évolution. On lui a souvent reproché, particulièrement à gauche et dans le milieu des sciences sociales de venir à l'appui de thèses réactionnaires en s'appuyant sur un déterminisme biologique à outrance. Certains idéologues et vulgarisateurs ont contribué à cette mauvaise image. Mais plus profondément, certains éléments culturels propres à la gauche et aux milieux littéraires, ainsi que la manière dont les sciences sociales se sont constituées contre les tentatives de naturalisation du social sont des obstacles importants à la réception de la discipline. Je parle ici de sciences sociales mais je me concentrerai surtout sur la sociologie par souci de simplicité avant tout. Certaines de mes remarques peuvent néanmoins être élargies aux sciences sociales en général.

Mon but est double. Je veux défendre l'intérêt de cette discipline pour la sociologie, en essayant de prévenir l'incompréhension dont elle est souvent l'objet. Je veux également aller à contre courant de la tendance à rattacher l'innéisme ou le déterminisme biologique au camp conservateur qui est à mon avis un facteur important de rejet. J'espère ainsi contribuer à ce que les tentatives pour comprendre la nature humaine suscitent de l'intérêt plutôt que de la méfiance parmi les gens qui s'intéressent au monde social.

Je vais présenter mes idées en trois parties, d'abord je présenterai rapidement la psychologie évolutionniste. Ensuite je parlerai des obstacles à la compréhension de la discipline dans le milieu des sciences sociales et les raisons pour lesquelles ils peuvent et devraient être surmontés. Enfin, je montrerai que l'idée de déterminisme biologique qui est porté sur le plan comportemental par la psychologie évolutionniste n'a pas les conséquences morales et politiques calamiteuses qu'on lui prête.
Les idées que je présente ici ne sont pas le fruit d'une recherche approfondie de spécialiste. Ce sont des remarques avant tout tirées de quelques lectures scientifiques et philosophiques et d'une connaissance élémentaire des sciences sociales. L'objectif est principalement de poser un débat, et d'éliminer quelques fausses réponses.

 

Qu'est-ce que la psychologie évolutionniste ?

 

La psychologie évolutionniste, comme tous les autres domaines des sciences cognitives a pour objet d'étude l'esprit humain et, comme beaucoup en sciences cognitives, elle considère que celui-ci est computationnel. Cela signifie que son rôle est de traiter de l'information à la manière des ordinateurs, c'est à dire en procédant à des calculs sur des représentations. Je ne discuterai pas ici de l'intérêt de la théorie computationnelle de l'esprit, je me concentrerai plutôt sur l'ancrage dans le biologique qui caractérise en propre la psychologie évolutionniste.
La spécificité de la psychologie évolutionniste est en effet d'insister sur le fait que l'esprit est une adaptation biologique apparue dans l'histoire évolutionnaire de l'espèce humaine.
L'idée principale est la suivante : comme tous nos organes, notre cerveau est le fruit de la sélection naturelle et possède par conséquent une structure génétiquement déterminée et universelle au delà des différences interculturelles.
Cette structure universelle du cerveau est adaptée à l'environnement et au mode de vie qu'ont connu nos ancêtres durant 7 millions d'années (depuis la séparation de notre lignée d'avec celle du chimpanzé jusqu'au néolithique), c'est-à-dire une vie en petits groupes nomades de chasseurs-cueilleurs. Notre cerveau n'a ainsi pas été, par exemple, sélectionné pour la vie sédentaire et urbaine, étant donné que la sédentarisation a commencé il y a à peine 10 000 ans.

 

Dire que la structure génétiquement déterminée du cerveau est adaptée à la vie en petits groupes nomades de chasseurs-cueilleurs signifie que les mutations importantes qui font la spécificité du cerveau humain ont eu un succès adaptatif dans cet environnement. C'est à partir de cette idée que la psychologie évolutionniste essaie de comprendre ce qui fait la particularité de l'esprit humain, c'est-à-dire sa capacité à engendrer des formes particulièrement complexes de culture qui évoluent de manière variée et rapide dans le temps.

(On peut ici mentionner certaines critiques qui ont été faites à la psychologie évolutionniste par des biologistes. Ces critiques consistent à contester le paradigme adaptationniste qui tente de comprendre les traits biologiques comme des adaptations. En effet, on peut voir les traits biologiques comme des adaptations au milieu, mais également comme des conséquences secondaires d'adaptations, ou comme le résultat de dérives génétiques, ou comme le résultat de contraintes dans le développement des organismes qui guident la sélection naturelle de manière prioritaire à l'adaptation au milieu, ou de bien des façons encore ... 
Je ne vais pas discuter ici de ce débat passionnant mais interne à la biologie de l'évolution. Je cherche ici plutot à défendre l'intérêt de la psychologie évolutionniste contre l'accusation de biologisation du social, qui est une accusation qu'on pourrait de toute façon faire à une recherche sur le fondement biologique du comportement qui soit moins adaptationniste.)

 

Pour les psychologues évolutionnistes, ce qu'il faut entendre par « structure génétiquement déterminée du cerveau » peut être définie comme une matrice qui produit le comportement en fonction des interactions passées et présentes de l'organisme avec l'environnement. Le cerveau est génétiquement déterminé à deux niveau : au niveau de sa structure chez le nouveau-né, et au niveau de la manière dont les interactions avec l'environnement le font évoluer.
Ces déterminants génétiques sont responsables du fait que le cerveau se structure en différentes aires spécialisées et relativement « encapsulées » du point de vue informationnel (elles échangent peu d'informations entre-elles à part au niveau de leurs entrées et de leurs sorties) qu'on appelle modules. L'esprit se structure ainsi en sous programmes incarnés par ces modules qui sont chacun responsables d'une capacité de l'esprit humain.


Pour prendre un exemple de module, la grammaire universelle étudiée par Chomsky produit un comportement linguistique donné (utilisation syntaxiquement correcte du langage maternel) en fonction de l'environnement dans lequel grandit l'enfant (si l'enfant grandit en France, il maîtrisera la syntaxe française, s'il grandit en Chine, il maîtrisera la syntaxe du chinois, etc …). Le module traite des données linguistiques (phrases en français, en chinois, etc ..) parcellaires sur la langue pour en déduire, grâce à un précablage génétique qui permet d'exclure certaines grammaires des grammaires possibles, la grammaire de la langue maternelle. Cette grammaire est le produit de la transformation du module sous l'effet conjoint de l'environnement et de contraintes biologiques universelles. Bien sûr, tous ces processus agissent de manière inconsciente. Au niveau conscient, il ne transparaît que des intuitions sur le caractère bien formé ou non de certaines phrases.

 

Ces idées nous permettent de tirer quelques conclusions :

L'analyse des déterminants génétiques des modules doit permettre d'expliquer pourquoi ce qui est possible est possible chez l'être humain ainsi que ce qui est le plus probable. Dans l'exemple du langage, l'organe chomskyen explique que le cerveau humain soit capable d'apprendre une langue (ce que ne permet pas le cerveau du rat par exemple). L'organe chomskyen détermine aussi le genre de langage qu'on pourra apprendre (certaines formes syntaxiques sont exclues des langages humains, certaines formes syntaxiques se retrouvent dans toutes les langues), ainsi que les genres de langages qui auront le plus de probabilité de se développer au sein de l'espèce humaine (c'est à dire, ceux qui sont le plus adaptés à notre capacité naturelle).
Un raisonnement analogue peut être fourni concernant toutes les capacités universelles de l'être humain, telles que la perception, la catégorisation du monde en objets, la gestion des relations sociales, les différentes capacités d'apprentissage, la sensibilité à certaines formes et à certains concepts particuliers, etc …


Un débat demeure en sciences cognitive sur le degré de spécificité du sous-bassement génétique de nos capacités cognitives. Par exemple, certains pourraient dire que l'apprentissage de la langue n'est pas permise par une capacité spécifique au langage mais par une capacité générale d'apprentissage.
Les psychologues évolutionnistes se positionnent plutôt dans ce débat du côté de la spécificité du sous-bassement génétique, ils défendent l'idée que le cerveau est déterminé génétiquement de manière assez spécifique, et que par conséquent, le cerveau comprend de nombreux modules possédants chacun leur matrice génétique. Chaque module étant divisé en plusieurs sous-modules, puis en sous-sous-modules, etc …
Les principaux arguments en faveur de cette modularité massive de l'esprit sont les suivants :
La sélection naturelle répond à des problèmes spécifiques que les organismes rencontrent dans leur environnement (gérer les relations sociales, détecter des prédateurs et des proies, etc …). Dans ce contexte l'émergence d'une capacité générale de traitement des problèmes est inefficace par rapport à l'émergence de multiples modules de gestion des différents problèmes. (En effet, pour une tâche donnée, un programme général est toujours plus lent et plus coûteux en ressources qu'un programme spécialisé). Par suite le scénario le plus probable est celui de modules spécialisés. De plus, on peut mettre en évidence des lésions cérébrales qui affectent certaines capacités sans en toucher d'autres, ce qui montre certains cloisonnements informationnels. Enfin la modularité massive rend bien compte du caractère rapide et inconscient de la grande majorité des processus cognitifs. En effet, on peut comprendre les processus conscients comme relevant d'une capacité centrale, lente et non spécifique du traitement de données, le caractère inconscient d'un processus étant vu comme une conséquence de son encapsulation informationnelle.
Pour prendre un exemple sociologique, la capacité à situer un individu dans l'espace social très rapidement à partir d'un simple coup d’œil requiert un traitement rapide, donc spécialisé, de l'information. Cela va avec le caractère inconscient de ces inférences automatiques qui vont contraindre notre comportement à partir de l'apparence de la personne que l'on a en face de soi. Un psychologue évolutionniste pourrait par exemple dire qu'une telle capacité est probablement liée à l'évolution d'une capacité de gestion des hiérarchies sociales déjà présente chez l'ancêtre commun que nous possèdons avec nos cousins primates. Et cela peut nous donner des indices intéressants sur son fonctionnement.

Il faut préciser ici que, si l'architecture modulaire est majoritairement génétiquement déterminée (bien que, à une échelle fine, on puisse imaginer que des sous-modules génétiquement imprévus apparaissent sous l'effet de l'environnement), le développement de chaque module se fait sous l'effet de l'environnement tout en prenant en compte une information génétique qui réduit les possibilités de résultat. Ainsi, le module grammatical chomskyen se développe sous l'effet d'un input linguistique tiré de l'environnement (des phrases entendues en chinois, en français, etc ...) mais son développement est contrôlé génétiquement dans la mesure où un certain nombre de grammaires sont exclues pour des raisons biologiques.
La psychologie évolutionniste tend à remettre en cause ce qu'on appelle dans les milieux innéistes le modèle des sciences sociales standard, censé défendre implicitement l'idée que l'esprit est semblable à un morceau de pâte à modeler auquel la société donnerait sa forme. Pour les psychologues évolutionnistes, l'esprit ressemblerait plutôt à une machinerie partiellement déjà construite. Dans ce cadre, la socialisation est vue comme un mécanicien amateur qui doit bricoler cette machine en rajoutant ou remplaçant des pièces, et en fixant des paramètres, tout en respectant un mode d'emploi génétique qui le contraint assez fortement dans sa manière de bricoler.
L'étude de la structure innée et du mode d'emploi de la machine en tant que résultats de la sélection naturelle est l'objet de la psychologie évolutionniste.


On peut déjà dire à ce niveau que ce qui intéresse le sociologue, c'est d'abord le mécanicien et ses effets sur la machine. Il est évident que, si l'on accepte cette métaphore, les effets possibles du bricolage dépendent de manière essentielle de la machinerie d'origine et de son mode d'emploi. C'est pourquoi je défends l'idée que la psychologie évolutionniste a un intérêt certain pour la sociologie dans la mesure où on accepte cette image de l'esprit.

 

Les méthodes qu'emploient les psychologues évolutionnistes pour comprendre cette structure génétiquement déterminée de notre esprit sont multiples. Lorsqu'il s'agit d'expliquer, par exemple, un trait culturel redondant dans les sociétés, ils procèdent à peu près comme suit :
Du côté de l'explanandum (ce qu'il y a à expliquer), les données proviennent essentiellement de l'anthropologie et d'expériences de psychologie interculturelles menées conjointement par des psychologues et des anthropologues. On cherche ici à déterminer les universaux humains à expliquer.
Du côté de l'explanans (ce qui explique) les sources sont multiples : données de la psychologie du développement qui montrent comment le cerveau et les différentes capacités se structurent progressivement, expériences de psychologie pour voir comment les capacités fonctionnent (éventuellement menées de manière interculturelles), données issues des neurosciences qui mettent en valeur l'architecture physique du cerveau et les relations de dépendance ou non des différentes capacités entre elles, données paléontologiques et éthologiques qui tentent de retracer l'histoire évolutionnaire de l'être humain pour comprendre comment a pu agir la sélection naturelle, etc …
En bref, on trouve des universaux, on réfléchit à quelles capacités naturelles de l'esprit pourraient les expliquer, puis on regarde si ces capacités expliquent effectivement bien l'universel et on regarde si un scénario plausible dans l'évolution pourrait expliquer l'émergence de cette capacité.

 

 

Le problème de la naturalisation du social, les sciences sociales face à la révolution cognitive.

 

Il y a d'abord une différence nette de style entre les travaux de sociologie et ceux des psychologues évolutionnistes, les premiers étant plutôt littéraires avec un certain recours à l'herméneutique et les seconds étant plus proche de ce qui se fait en sciences naturelles. Cela peut faire l'objet d'un débat épistémologique sur les méthodes à employer pour étudier l'être humain « au dessus du cou », comme dirait Noam Chomsky. Mais bien que ce sujet soit important et lié à celui que je vais traiter, je vais me concentrer ici sur les désaccords plus substantiels qui peuvent apparaître entre les deux disciplines.

Il s'agit avant tout de donner un éclairage sur les manières respectives qu'ont les deux disciplines d'étudier les comportements et de plaider pour une ouverture de la sociologie à l'étude de la nature humaine.

 

On peut remarquer une première banalité qui est que les sciences sociales, comme les sciences cognitives sont des sciences du comportement. En tant que telles, elles ont toutes deux pour but d'expliquer des comportements.
On pourrait se dire qu'il y a concurrence entre sociologie et psychologie évolutionniste qui toutes deux ont leur mot à dire sur le comportement et qui font intervenir chacune un des deux facteurs essentiels à l'explication : le sociologue insisterait sur l'idée que notre comportement est le fruit de l'environnement (qui, chez les humains est surtout un environnement social) alors que le psychologue évolutionniste dirait qu'il est avant tout le fruit des gènes. Chacune des deux discipline serait alors dans la défense d'une thèse simplificatrice sur les comportements. Les deux thèses seraient irrémédiablement incomplètes et irréconciliables. Ce n'est pas ce que je crois.


En réalité je défends l'idée qu'il y a une place pour un partage des tâches entre sociologues et psychologues évolutionnistes, en partie déjà réalisé, qui suppose à la fois un dialogue entre les deux disciplines et une mise de côté des prétentions hégémoniques sur l'étude des comportements.
Remarquons d'abord qu'aucune des deux disciplines ne prétend réellement expliquer le comportement entendu au sens du comportement particulier de tel ou tel être humain et qu'elles prétendent toutes deux fournir des explications de certaines tendances comportementales. Elles travaillent donc toutes deux dans un cadre qui n'est pas strictement déterministe (contrairement à de nombreux pans de la physique par exemple) et on peut penser à priori qu'elles laissent toutes les deux la place à d'autres explications compatibles avec les leurs.
Ici la démarche de la psychologie évolutionniste se démarque de son aînée (la sociobiologie) pour qui le comportement lui même constituait une adaptation. Pour les psychologues évolutionnistes, c'est l'esprit, qui ne détermine que des dispositions comportementales, qui est une adaptation. L'image d'individus agissant sous l'effet quasi direct de leurs instincts est donc abandonnée totalement. Je pense par conséquent que les sciences cognitives, mêmes sous leurs aspects les plus biologisants (comme la psychologie évolutionniste), ne prétendent plus en général défendre une forme archaïque et en quelque sorte pré-sociologique de naturalisation du social.

À mon sens, la différence majeure entre les deux disciplines, qui montre un certain partage des tâches, est que la sociologie se concentre sur les variations des tendances comportementales en fonction des groupes sociaux, là où la psychologie évolutionniste étudie les tendances universellement répandues ou majoritairement répandues dans l'espèce humaine.
Par exemple la sociologie cherche à comprendre ce genre de choses : pourquoi les enfants défavorisés socialement réussissent moins bien à l'école que les enfants favorisés ? Pourquoi la criminalité est plus grande aux États-Unis qu'en France ?
Par opposition, la psychologie évolutionniste prétend comprendre d'autres genres de choses : pourquoi dans toutes les cultures on trouve des croyances religieuses ? Pourquoi l'écrasante majorité des systèmes familiaux de l'humanité favorisent la pluralité des partenaires sexuels pour les hommes et non pour les femmes ?

 

On peut donc défendre l'idée qu'en réalité les deux disciplines ne cherchent pas, du moins à première vue, à expliquer la même chose et qu'il n'y a aucune raison de rentrer en concurrence dans l'explication. Là où le bas blesse c'est que d'un côté comme de l'autre les théoriciens sont allés implicitement ou explicitement plus loin.

Du côté de la psychologie évolutionniste, certains prétendent par exemple avoir trouvé des explications de tel ou tel comportement individuel (ce qui répète l'erreur qu'avaient faites les sociobiologistes). Cela est nécessairement erroné puisque la psychologie évolutionniste laisse toujours de côté la spécificité de la société dans laquelle un comportement est toujours situé, et la spécificité du contexte social joue forcément un rôle dans l'explication. Dans ces cas là, il y a bien une naturalisation injustifiée d'un phénomène social qui est souvent dénoncée avec raison par l'autre camp. La psychologie évolutionniste a à gagner à s'inspirer de l'attitude de méfiance envers la naturalisation du social qui domine chez les sociologues. Pour déterminer ce qui est naturel, il faut pouvoir contrôler les effets sociaux susceptibles de brouiller les données. Les sociologues ont acquis une certaine compétence à ce jeu là que les psychologues n'ont pas toujours. L'ancrage des sciences cognitives dans les sciences naturelles se fait parfois au risque de négliger la prise en compte des effets de la subjectivité des sujets d'expérience sur les résultats des expériences. Réfléchir aux manières de réduire ce genre de biais nécessite que les psychologues se fassent un peu sociologues.
Par ailleurs, la tentation est souvent grande de passer directement d'un élément physiologique à un trait psychologique de haut niveau. Par exemple, on a annoncé spectaculairement la découverte des neurones de l'empathie (neurones-miroirs). Il est possible que les neurones mirroirs jouent un rôle dans l'empathie, mais il faut voir que  celle-ci reste un terme mal défini qui fait référence à des dispositions comportementales complexes dans lesquelles interviennent sûrement beaucoup d'autres processus physiologiques. Il est même probable qu'il n'y ait pas un seul mécanisme physiologique qui fasse fonctionner ce que l'on voudrait appeler "empathie". Il y a donc un travail complexe de définition des termes à fournir si on veut concevoir une base claire au naturalisme en sciences sociales.

Mais il me semble qu'il y a en sciences sociales un phénomène bien plus massif et généralisé (bien que plus implicite qu'en psychologie évolutionniste) de spéculation systématique sur des traits qui ne concernent pas directement ce que les données des sciences sociales mettent en valeur.
Ainsi, on trouve dans toutes les sciences sociales des assomptions ou des présuppositions sur la manière dont les êtres humains intériorisent le social et sur la manière dont celui-ci guide de façon plus ou moins directe leurs actions. Ce genre d'options en sciences sociales repose en partie sur des intuitions relatives à la nature humaine qui ont tendance à se présenter comme autant de « théories » concurrentes. Tous les grands sociologues ont développé quelque chose de ce genre, et ces spéculations sont souvent interprétées comme le cœur de leur doctrine ou leur apport majeur à la connaissance.

Lorsque de telles conceptions sont débattues, elles le sont sur un mode très conceptuel et les ressources empiriques qui permettraient de trancher sont extrêmement pauvres pour la bonne raison que les sciences sociales ne s'intéressent pas véritablement de manière empirique à la nature humaine. On reste donc dans un genre de métaphysique sociale qui fait perdre pas mal de temps et structure des oppositions académiques plus ou moins stériles. Ce genre de théorisation est néanmoins inévitable car c'est ce qui donne le caractère véritablement théorique des sciences sociales et qui les distingue de l'analyse de données un peu terre-à-terre, armée du seul bon sens. En effet, ce n'est que par le biais d'une théorisation de l'acteur social, de son action et de sa socialisation qu'on peut espérer une certaine unification théorique des sciences sociales.
C'est pourquoi des allusions à l'intériorisation du social par les individus, ou encore aux stratégies des agents, sont en général présents dans les explications. Mais on ne sait pas trop à quoi ces mécanismes font référence et comment ils fonctionnent, bien qu'on suppose que de tels mécanismes sont à l’œuvre chez tous les individus. Il s'ensuit que toutes les tentatives de théoriser ces processus sont purement spéculatives et sont avant tout guidées par l'intuition ou par des méthodes purement qualitatives (beaucoup de sociologues pourraient ici opposer l'idée qu'il s'agit ici d'une véritable méthode compréhensive propre aux sciences sociales. Cela rejoint évidemment la question de savoir si une méthode fondamentalement différente des méthodes des sciences naturelles est envisageable).

Cependant, je pense qu'un travail théorique qui transcende les études particulières sur les différents champs sociaux est en fait possible et souhaitable, mais qu'il ne se fera pas sans l'apport d'une étude empirique sérieuse sur la nature humaine. C'est pourquoi, je crois qu'une attention à des travaux comme ceux de la psychologie évolutionniste a une pertinence particulière pour poser ces débats dans des termes lisibles qui permettent un dialogue et un travail empirique intéressant. Il s'agit de reformuler des « théories » vagues et avant tout heuristiques sur l'acteur social en thèses empiriquement testables sur l'esprit humain.
J'ai bien conscience que cette idée peut être déplaisante pour les théoriciens des sciences sociales. Cela pour la bonne raison qu'il s'agit d'un abandon important de la théorisation ou de sa transformation radicale en une théorisation proche de celle défendue dans la psychologie évolutionniste qui est étrangère à la culture littéraire des sciences sociales (à ce point, on rejoint le débat que j'ai laissé de côté sur le recourt à l'herméneutique en sciences sociales et sur l'impossibilité supposée d'étudier l'esprit et le comportement avec les méthodes scientifiques classiques).

Ainsi certains des sujets tenus pour les plus centraux en sociologie ne peuvent relever à mon sens des sciences sociales telles qu'elles sont pratiquées aujourd'hui. Par exemple, d'importants aspects des théories de la socialisation (comment les humains intègrent les normes et les différents types de relation à autrui etc ...) devraient à mon avis relever aujourd'hui d'une approche pluridisciplinaire en lien avec les sciences cognitives parce que les données pertinentes ne sont, pour une bonne partie d'entre-elles, pas produites en sociologie.

Pour moi, la situation des sciences sociales aujourd'hui est sous certains points analogue à celle des sciences de la vie avant l'émergence d'une véritable biologie moléculaire. Certaines questions centrales ne pouvaient être traités par les sciences de la vie sans le recours massif à l'étude chimique des molécules du vivant. Par exemple, on n'avait pas les moyens de dire beaucoup de choses pertinentes sur la manière dont fonctionnait, dans les organismes, les principes de la génétique mendélienne avant la découverte de l'ADN et de son fonctionnement. Et l'émergence d'une biologie moléculaire à permis des progrès importants dans de nombreux domaines de la biologie.
De la même manière, je crois qu'on n'a pas les moyens en sociologie de dire quoi que soit de non-trivial ou de profond sur la manière dont le social est intériorisé par les individus et guide leur comportement sans un recours aux résultats et aux méthodes de la psychologie évolutionniste. Il y a là une porte de sortie intéressante hors d'un débat qui reste trop sur le terrain philosophique et qui ne fait pas avancer beaucoup les connaissances.
Certes, il est possible, et les sociologues le démontrent tous les jours, de produire des résultats importants et intéressants sans véritable théorie générale du social. Mais dans la mesure où la sociologie veut aller plus loin et théoriser le social comme objet transcendant aux différents champs de recherche particuliers (études sur le genre, sur la délinquance, sur l'école, etc …), il ne me semble pas possible de le faire sans une prise en compte sérieuse des études qui prennent pour objet la nature humaine.
Autrement, on reste prisonnier d'une approche avant tout interprétative, et il y a peu de chance qu'un quelconque consensus théorique émerge entre les sociologues. En effet quel genre de données sur les variations comportementales entre les groupes sociaux pourraient nous permettre de trancher sur, par exemple, la question de savoir si les comportements sont le fruit de stratégies conscientes ou d'un sens pratique incorporé ? D'ailleurs comment donner un sens précis à ces deux alternatives, c'est à dire un véritable contenu empirique ? On pourra objecter que les méthodes qualitatives permettent justement cela. On en revient alors encore sur la question de savoir s'il existe une méthode scientifique alternative propre aux sciences sociales.
Pour résumer, je ne crois pas à l'existence de théorie générale en sciences sociales sans recours à l'étude de la nature humaine. Par ailleurs je crois qu'une théorie générale peut apporter beaucoup à l'étude des domaines particuliers du social.

Au-delà des intérêts académiques au monopole de la théorisation, je pense qu'il y a aussi un point de blocage historique et idéologique à la compréhension de la psychologie évolutionniste en sociologie. Les sciences sociales, et en particulier l'école durkheimienne très influente en France se sont largement constituées contre une tendance assez naturelle à naturaliser le fait social. La sociologie gagnait en objectivité et permettait de démystifier un certain discours essentialiste en montrant par exemple, que les criminels n'avaient pas le vice dans le sang, que les suicidés n'étaient pas d'un naturel suicidaire, etc … La sociologie n'a jamais vraiment cherché à montrer ce qu'il pouvait y avoir de naturel dans la conduite des hommes. Le but premier est, comme je l'ai dit, d'expliquer la variation en fonction des groupes sociaux. Les sociologues n'ont donc pas produit les données pertinentes pour l'étude de la nature humaine et ont procédé à l'étude de la variabilité sociale des comportement avec une idée implicite de l'esprit largement simpliste et pré-scientifique, bien que relativement heuristique.

Cela a conduit la plupart des sociologues à entretenir l'idée que l'esprit humain se caractérise avant tout par sa plasticité et constitue par là une sorte d'exception dans le monde vivant. Ce caractère exceptionnel justifie l'idée que l'étude du comportement humain doit être conduite selon des principes radicalement différents de l'étude des comportements animaux.
Or la perspective qu'introduisent des disciplines comme la psychologie évolutionniste est justement l'idée que la spécificité de l'esprit humain n'est pas de s'être soustrait du règne animal par la culture mais d'être un esprit animal qui permet la culture. Et l'esprit de l'animal Homo sapiens permet la culture en vertu d'une structure bien déterminée qui peut s'étudier de façon essentiellement semblable à la manière dont on pourrait étudier l'esprit d'un autre animal.

On comprend donc que cette perspective soit souvent interprétée comme le retour de ce contre quoi les sciences sociales se sont constituées. Mais, comme j'ai essayé de le montrer, les perspectives actuelles développées sur la nature humaine ont beaucoup gagné en rigueur et ne soutiennent en général pas le genre de thèses qui ont servi de repoussoir à de nombreux sociologues. Il persiste sûrement des désaccords, mais je crois qu'il y a de plus en plus la possibilité pour les disciplines de dialoguer entre-elles pour régler ces différends sans a priori. Cela nécessiterait cependant un intérêt pour la culture scientifique qui est souvent peu courant chez des universitaires ayant le plus souvent un cursus littéraire.

 

En somme, plus personne ne nie que le cerveau humain est capable à un haut degré d'être influencé par le social, mais cette capacité requiert une structure biologique bien déterminée, et je pense que l'étude de cette structure peut s'avérer capitale pour la compréhension des sociétés. Je ne crois pas qu'il s'agisse d'une naturalisation d'un fait social, car l'aptitude sociale de l'être humain est un fait de nature.
S'il y a des faits sociaux dans les sociétés, le fait qu'il y a du social est un fait naturel dont l'étude jette un éclairage important sur les fait sociaux.

 

 

L'innéisme et la gauche.

 

De nombreuses personnes ont critiqué très fortement les travaux de la psychologie évolutionniste ou de son ancêtre la sociobiologie en raison de leurs conséquences morales et politiques supposées. Évidemment, on pourrait rejeter très rapidement ces critiques : il suffit simplement de dire qu'une discipline scientifique ne doit être jugée que sur la vérité des théories qu'elle produit. Mais, s'il est vrai que les raisons politiques et morales de rejeter la psychologie évolutionniste ne constituent pas de véritables raisons (au sens où elles ne l'attaquent pas sur le plan de la vérité), on peut comprendre qu'il s'agisse de motifs psychologiques importants. Par ailleurs, certains idéologues conservateurs se servent des résultats de la psychologie cognitive pour justifier leur point de vue. Je crois que la gauche gagnerait à comprendre qu'en réalité ces résultats ne justifient rien de tel et que le soupçon qui pèse sur la discipline n'est pas justifié. C'est la raison pour laquelle il n'est pas inutile de réfléchir à ce que la psychologie évolutionniste nous dit réellement sur le plan moral et politique.

 

Le déterminisme génétique a été suspecté de soutenir différentes idéologies, notamment le racisme et le sexisme ainsi que l'idée qu'il ne faudrait pas lutter contre les inégalités. Je vais discuter de ces trois idées successivement.

L'accusation de racisme est probablement la plus absurde des trois. En effet, presque personne ne soutient que l'évolution aurait produit des humains fondamentalement différents selon les races sur le plan comportemental. Pour appuyer une telle idée, il faudrait que des lignées aient été isolées reproductivement les unes des autres pendant un temps suffisamment long et aient subit des pressions de sélection suffisamment différentes pour faire diverger les gènes qui codent pour les dispositions comportementales. Selon toute probabilité, ce n'est pas le cas.
Les différences de traits physiques que l'on observe entre les êtres humains sont certes dues à des divergences génétiques, mais sur un très petit nombre de gènes. Alors que pour modifier de façon conséquente les traits comportementaux, il faut une mutation d'un nombre de gène bien plus important. Par ailleurs, l'isolement reproductif a été relativement faible et/ou de courte durée pour la plupart des population humaines.
Ajoutons que les théories racistes ont en générale une vision typologique des races d'après laquelle certains groupes humains partageraient des caractéristiques communes qu'ils ne partagent pas avec d'autres groupes. Or le tableau que nous offre la génétique des populations humaines est plutôt celui de nébuleuses avec une forte variabilité interne et des frontières floues, à l'inverse de la vision typologique.
Enfin, même s'il y avait des différences génétiques notables dans les dispositions comportementales entre les différentes populations humaines, cela ne justifierait probablement pas non plus le racisme, comme je vais essayer de le montrer pour le cas du sexisme.

L'accusation de sexisme est la plus compréhensible des trois, étant donné que la plupart des psychologues évolutionnistes défendent l'idée qu'il existe des différences génétiques dans les dispositions comportementales entre les hommes et les femmes. Je vais d'abord voir les raisons qui poussent à penser cela.


Tout d'abord, on peut remarquer que tous nos cousins primates ont des comportements différenciés entre mâles et femelles. Par exemple, les affrontements entre mâles sont présents partout, même chez les bonobos chez qui les comportements sont pourtant les moins différenciés sexuellement.
Il faudrait donc que l'évolution ait, pour une raison inconnue, effacé ces différences en quelques millions d'années.
Ensuite, il y a un certain nombre de différences physiques et physiologiques génétiquement déterminées chez les hommes et chez les femmes, au niveau de la masse musculaire, de l'appareil reproducteur, du système endocrinien, etc … Parmi ces différences, on peut déjà penser que les différences hormonales ont de bonnes chances d'influencer les comportements. Ces mêmes hormones sont en effet utilisées de manière différenciée pour leurs effets comportementaux. Par exemple, l'ocytocine est utilisée pour améliorer le comportement social de certains autistes là où la testostérone est utilisée comme dopant pour les sportifs.
Mais il faut aussi remarquer que les différences physiques entraînent des probabilités de réplication des gènes différentes selon les comportements entre hommes et femmes. Autrement dit, pour maximiser la réplication de leur gènes, les hommes et les femmes ne doivent pas se comporter de la même manière. Les raisons principales sont la grossesse et l'allaitement qui entraînent un coût à la reproduction supérieur pour les femmes que pour les hommes. Or si les hommes et les femmes doivent adopter des comportements différents pour maximiser la réplication de leurs gènes, il y a toutes les chances que la sélection naturelle ait sélectionné des dispositions comportementales différenciées entre hommes et femmes.

 

Maintenant, supposons que les psychologues évolutionnistes aient raison sur ce point comme je le crois. Cela entraîne-t-il réellement une justification du sexisme ?
Je crois qu'il faut d'abord remarquer que nous ne vivons pas pour la réplication de nos gènes. Ainsi le fait que la sélection naturelle ait sélectionné telle ou telle disposition comportementale détermine ce qu'il est possible d'envisager pour l'être humain, voire ce qu'il est probable de rencontrer dans les différentes cultures, mais ne nous dit pas ce qu'il faut qu'on fasse.
Imaginons par exemple qu'il y ait une sorte d'instinct maternel biologique qui pousse une mère à s'attacher à son enfant. Quelles conséquences politiques et morales cela pourrait-il bien avoir ? De toute façon, aucune étude de psychologie ne dit que les mères se réduisent à leur instinct maternel et si elle préfèrent privilégier leur besoin de reconnaissance sociale en faisant carrière, ce n'est pas au nom de tendances biologiques qu'on devrait les décourager. Il n'y a pas de raison que les différences biologiques aient pour conséquences le fait qu'il faille restreindre les possibilité de vie pour les être humains. L'existence de l'instinct maternel ne dit pas que les mères qui travaillent sont de mauvaises mères, il nous dit juste que ce sont des mères dont certaines motivations, qu'on peut juger aussi légitimes, sont plus fortes que leur instinct maternel. Il n'y a aucun problème à ça. Ce qui compte, c'est que les aspirations diverses des différentes personnes puissent être respectées le mieux possible et qu'on encourage les tendances qui procurent un plus grand bien pour le plus de personnes possibles.
De même imaginons que la testostérone rende les hommes plus agressifs. Cela veut-il dire qu'il faut valoriser l'agressivité chez les hommes ? Il n'y a pas de raison que le fait d'être agressif devienne positif juste parce c'est en partie naturel. Les hommes sont aussi capables de ne pas être agressif et on peut très bien décider qu'il vaut mieux valoriser leurs autres instincts, par exemple la tendance à rechercher l'affection des autres.
On peut donc remarquer que différentes tendances comportementales sélectionnées par la sélection naturelles peuvent aller dans différents sens, parfois contraires. C'est à nous de décider quelles tendances privilégier et de quelle manière le faire. Il me semble que cela laisse place à des positions variées en matière éthique.
En bref, ce qui est sexiste, ce serait de réduire les hommes et les femmes à leurs spécificités biologiques, ce n'est pas affirmer l'existence de différences psychologiques.

 

L'accusation de légitimation des inégalités sociales vient du fait que les tenants de l’innéisme défendent en général l'idée que des aptitudes comme le QI sont en partie déterminées de manière génétique. Mais il ne suffit pas d'admettre quelque chose d'aussi trivial que cela pour légitimer les inégalités sociales. Par exemple, il existe des inégalités de QI en fonction des classes sociales. Le fait que le QI ait des déterminants génétiques ne nous dit pas que les variations de QI en fonction des classes sociales sont dues à des facteurs génétiques. La génétique peut même nous dire que ces différences sont probablement dus à des facteurs sociaux puisqu'il y a toutes les raisons de penser que les prédispositions génétiques à avoir un score élevé de QI sont bien réparties dans la population en raison d'un brassage génétique important. Ce que les déterminations génétiques du QI nous disent en revanche, c'est qu'on peut penser que quelques soient les circonstances sociales, il y aura toujours des différences de QI entre les individus. Mais rien ne nous dit qu'on ne peut pas créer des circonstances sociales telles que ces différences soient faibles et rien ne nous dit que l'existence de ces différences pose un problème moral particulier.
Imaginons par exemple deux individus ayant des aptitudes différentes à un même travail en raison de différences biologiques. Est-on réellement justifié à traiter ces deux individus de manière inégale ? Doit on entre autres les rémunérer différemment pour un même temps de travail ? Cela reviendrait à récompenser la loterie génétique et je pense que la plupart des gens conviendrait que cette position est absurde.

Par suite je ne crois pas que les positions innéistes soutiennent particulièrement le camp conservateur. En témoigne d'ailleurs le nombre important de personnalités de gauche que l'innéisme ne dérange ou ne dérangeait pas. Par exemple, les anarchistes, de Pierre Kropotkine à Noam Chomsky, ont souvent soutenu des positions innéistes assez fortes. Parmi les soutiens importants du déterminisme génétique et de la psychologie évolutionniste, on trouve Robert Trivers, membre des Black Panthers ou encore Peter Singer, auteur d'Une gauche darwinienne.


Ce qui est vrai, c'est que la découverte des déterminismes biologiques sur l'être humain va à l'encontre d'un mythe parfois séduisant pour une partie de la gauche qui est celui d'un homme nouveau qui pourrait émerger d'une transformation sociale radicale. On a souvent évoqué les dangers d'une telle illusion et je crois que la gauche a tout intérêt à la connaissance de l'être humain, cela non seulement pour éviter certaines erreurs, mais également pour comprendre les potentialités enthousiasmantes des êtres humains pour une transformations radicale de la société. Dans son débat avec Michel Foucault sur la nature humaine, Noam Chomsky faisait observer que c'est seulement au nom d'une certaine notion de justice construite à partir des aspirations naturelles de l'homme que l'on peut réclamer un changement de société. Je pense qu'il disait vrai et que la psychologie évolutionniste peut être un des moyens de préciser un peu cette notion de justice.

 

 

Bibliographie :

 

Une vision globale de la psychologie évolutionniste :

Steven Pinker, Comment fonctionne l'esprit


Une défense de l'intérêt de la psychologie évolutionniste pour comprendre les cultures :

DanSperber, La contagion des idées


Une application particulière de cette démarche à la religion :

Pascal Boyer, Et l'homme créa les dieux

 

Sur la sociologie et les sciences cognitives :

Fabrice Clément et Laurence Kaufmann, la sociologie cognitive

Un débat sur ce thème a eu lieu dans la revue SociologieS : http://sociologies.revues.org/3594

 

Un livre de débat entre un scientifique et un philosophe dans lequel on discute entre autres des sciences humaines et de la nature humaine :

Jean Bricmont et Régis Debray, À l'ombre des lumières

 

Une pensée de gauche innéiste :

Noam Chomsky, Raison et liberté

Pierre Kropotkine, L'entraide, un facteur de l'évolution

Peter Singer, Une gauche darwinienne